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Michel Boudoux

Né à Compiègne le 19 mai 1929, Michel Boudoux, passe toute sa jeunesse à Courbevoie

A l’âge de 11 ans, il fréquente M. Salot, un cordonnier de Courbevoie qui, voyant son intérêt pour ce métier, lui apprend à parer* et à affuter le tranchet : ce fût son premier professeur.

A 12 ans, en 1941, il rentre à l’école professionnelle de la rue Lambrechts à Courbevoie. Les élèves doivent y effectuer des stages dans quatre disciplines : menuiserie, ferronnerie, ajustage et cordonnerie. A l’issue des 4 stages, les formateurs repèrent sa dextérité en cordonnerie. Michel aime le travail du cuir et c’est dans la chaussure qu’il veut se former. Malheureusement l’école est détruite dans un bombardement. Désemparé, il retourne voir M. Salot qui lui conseille de présenter le concours de l’école des Métiers de la chaussure rue de Turbigo.

En 1943, il passe l’examen d’entrée où il est reçu premier. La formation va durer trois ans. Il obtient son CAP de bottier en avril 1947 et son BEI (Brevet élémentaire industriel) l’année suivante. Michel a désormais le bagage professionnel pour démarrer dans le métier.

A 18 ans, Michel débute dans l’atelier des frères Pranzini qui fournissent les grandes maisons (Hellstern, Bunting, John Lobb). Il y est ouvrier à la pièce entière et monte des chaussures pour femmes. Il y côtoie des ouvriers de différentes nationalités (hongrois, arménien, italien, grec, yougoslave…) dont il observe le travail et les gestes. Il poursuit son apprentissage en travaillant pendant deux années dans le 17ème chez un bottier des Batignolles, puis de la rue Boursault comme « ouvrier de pied » (montage et réparation). Le travail est fluctuant et précaire. Michel renforce les équipes des ateliers quand il y a surcharge de travail, puis il est remercié.

En 1951, Michel a 21 ans. Un ancien camarade de l’Ecole des Métiers de la Chaussure lui propose de le remplacer chez le bottier René Mancini, dont l’atelier boutique se situe 20, rue Boccador, Paris 8ème. Pour Michel, les choses sérieuses vont commencer. Après une période d’essai, René Mancini l’embauche et il devient ouvrier bottier dans l’atelier situé en dessous de la boutique qu’il partage avec le neveu de René Mancini et un ouvrier italien, Sylvio. Michel se souvenait du lieu, une cave de 20 m2 sans fenêtre avec un soupirail comme seule source de lumière chauffée par un poêle à charbon et accessible par un escalier de meunier.

René Mancini devient son maître et il va rester à son service pendant 21 ans.

Fin 1951, l’activité prend un tour nouveau grâce à la mère de Pierre Balmain qui repère le talent de Mancini et le recommande à son fils. Cette première collaboration avec un couturier lance l’atelier de Mancini. Il tisse des liens avec différentes maisons de la haute couture parisienne et fabrique les chaussures pour leurs défilés (Pierre Balmain, Hubert de Givenchy, Cristobal Balenciaga, la première collection d’Yves Saint-Laurent...) Il chausse les « mannequins studio » de ces maisons de couture et acquière peu à peu une renommée et lui attire une clientèle française et internationales fortunée. Parmi elles, Jackie Kennedy, Audrey Hepburn, La Callas, Lauren Bacall, la Duchesse de Windsor, Grâce de Monaco ou Claude Pompidou.

Les commandes affluent : Michel travaille jusqu’à 70 heures par semaine. Il seconde le maître en participant aux essayages et au suivi de toutes les étapes, de la conception à la réalisation. En 1954, René Mancini et son atelier mettent au point le prototype de la célèbre sandale Chanel bicolore. Michel est aussi chargé de former les jeunes apprentis qui viennent de l’école des métiers de la chaussure. Toutes les chaussures de l’atelier sont entièrement cousues main. L’atelier est complètement autonome : une dizaine d’ouvriers pour la piqure, le patronage, la coupe et le matériel sur place : outils, machine à coudre, banc de finissage, table de coupe. Exigu, l’atelier est agrandi de 20 m2 mais demeure toujours en sous sol. Les formes sont faites par René Mancini à partir de bûches que lui prépare un formier à Belleville et un formier à Clichy.

En 1972, Michel envisage de se mettre à son compte.

Il apprend que le bottier Delicata, située au 12 avenue Montaigne, cherche un repreneur. Michel va d’abord occuper le poste de contremaître chez Delicata avant d’ouvrir son propre atelier/boutique, Michel Bottier Haut-Luxe, en 1973. La baronne Hélène de Rothschild et Mme Sao Schlumberger lui donnent un coup de pouce en lui permettant d’obtenir des prêts sans intérêt pour qu’il puisse s’installer. Ils seront remboursés en cinq ans.

Max Trombetta, un bottier italien qui travaillait chez René Mancini le rejoint. Michel embauche alors 15 ouvriers (dont de jeunes compagnons) et fait travailler des piqueuses à domicile. La partie commande et gestion de la boutique est assurée par sa femme, Josiane et par sa fille, Béatrice à partir de 1977. Sa première cliente, Michel s’en souvient comme si c’était hier : la princesse Firyal de Jordanie, sœur du roi Hussein, qui va passer commande de deux paires de bottes et six paires d’escarpins ! Ensuite, c’est l’euphorie.

Il poursuit sa collaboration avec les grands couturiers de l’époque (Mme Grès, Pierre Balmain, André Courrèges, Paco Rabanne, J.M. Armand …) et les clientes sont de plus en plus nombreuses à défiler au 12 avenue Montaigne. Parmi elles, Dalida, Anne-Sophie Mutter, Michèle Morgan, Grâce de Monaco, Line Renaud, la reine Sophie d’Espagne, la reine Sirikit de Thaïlande, la reine de Norvège, Claude Pompidou, Danièle Mitterrand, et combien d’autres…

En 1975, submergé de commandes, il doit faire appel à un finisseur extérieur. La renommée de Maurice Arnoult, bottier à Belleville, lui parvient. Débute alors une collaboration régulière qui va durer quinze ans.

1990, Michel a 61 ans, il décide de cesser son activité. Il revend la boutique. Sa femme décède en 1998 et cette perte l’affecte énormément. Il n’a plus le cœur à l’ouvrage.

En 2000, par l’intermédiaire de sa fille qui travaille chez Lobb, il rencontre Anthony Delos, un compagnon du devoir spécialisé dans la chaussure homme qui cherche à se former à la chaussure femme. Maître de stage à la Maison des Compagnons du Devoir, Anthony sollicite aussi Michel pour animer des stages de formation pour les jeunes compagnons et apprentis. Pendant deux ans, Michel va enseigner et transmettre son savoir-faire dans sa spécialité, la chaussure pour femmes entièrement réalisée à la main. Il est heureux de manier à nouveau ses outils, il redessine des modèles. Le voilà remis dans le bain.

En 2008, il reçoit une invitation des Ateliers de Paris qui organise avec l’association L’Atelier Maurice Arnoult une exposition pour fêter le centenaire du bottier bellevillois. Il se réjouit de revoir Maurice. Les retrouvailles auront lieu au domicile de Maurice avec Max Trombetta avec qui Michel a travaillé pendant quarante ans !

Fin 2008, l’association L’Atelier de Maurice Arnoult demande à Michel de prendre la relève de Maurice qui depuis 15 ans avait ouvert son atelier à celles et ceux qui souhaitaient apprendre le métier en leur transmettant bénévolement son savoir-faire. Michel accepte et en 2010, à la mort de Maurice, il devient responsable de cette formation bénévole de haute qualité auprès de 12 élèves, dans les locaux de l’association au 8 rue des Gardes (18ème) avec pour objectif de les professionnaliser.

En 2009, il apporte un soutien technique à Alexis Guyot, un des jeunes compagnons qu’il a contribué à former, qui vient de se faite embaucher comme bottier à la Maison Walter Steiger Bottier 33, avenue Matignon (8ème). Michel prodigue ses conseils, donne son avis sur les modèles, résout des problèmes techniques au sein de l’atelier et retrouve même une ancienne cliente, la Reine de Norvège.

Pendant plus de dix ans, Michel a poursuivi au sein de l’AMA – Atelier Maurice Arnoult la transmission de son savoir-faire et de son art, formant de nouveaux professionnels du secteur et militant sans relâche pour la perpétuation de la chaussure faite main dans les règles de l’art.

Le 15 mai 2022, Michel nous a quitté mais son empreinte et son souvenir sont toujours aussi vivants au sein de l’AMA.

* Parer : amincir « à zéro » une peausserie


Découvrir le  slite web : https://www.michel-boudoux.com


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